J'ai déjà dit un peu de comment j'avais choisi mes témoins.
J'ai été très touché de voir qu'aucun d'entre eux ne s'attendait à ce choix ...
Je crois pourtant ne pas forcément être allé chercher très loin ...
Je me rends compte aussi que j'ai choisi des personnes qui n'ont pas fait de calculs, de prévisions.
Des personnes qui sont capables de ne voir dans l'amitié que quelque chose de gratuit.
Qui laissent se vivre les choses plutôt que vouloir les contraindre leur désir.
Je sais aussi que j'ai fait ces choix-là aussi pour ça. Pour cette capacité à laisser l'autre libre.
Je n'avais pas fait attention au fait qu'ils ne s'étaient jamais rencontrés ... Même si le choix de deux sphères différentes était voulu et assumé, je pensait que peut-être au moins une fois, peut-être ... Mais du coup - j'avoue - je suis curieux de voir ce que ça peut donner, cette rencontre ...
C'est vrai que c'est là, dans ce croisement de deux mondes que tout semble éloigner que je sais avoir ma place et où se dessinent le plus souvent les fruits de la Vie.
lundi 23 juin 2014
samedi 21 juin 2014
Se marier
D'abord, ce fut un rêve, un idéal. Pendant plus d'un an, ce
fut une lutte, un combat.
Aujourd'hui, commence à s'inscrire dans la réalité les
débuts de ce grand jour. Et c'est un nouveau chemin que j'arpente avec joie, la
main dans la main de mon homme.
Le choix de la salle nous a amené à de belles virées dans
les très belles campagnes - pas très loin de notre grande ville. L'occasion de
(re)découvrir des lieux enchanteurs, des collines vallonnées, des maisons de
maître, des caves voutées. De rendre grâce pour les beautés de la nature, de rendre
grâce pour les pierres assemblées par les hommes et surtout, pour s'émerveiller
de l'alliance des deux. Ce fut aussi le moment de confirmer l'importance d'un
vrai espace de danse. Etre tous ensemble, à certains moments, pour danser nécessite
forcément de la place. Bien sûr, pouvoir aussi être à l'aise pour bien manger
était important...
Le choix des témoins est aussi un moment de grâce : tant et
tant de visages qui défilent, tant et tant de moments d'amitié, tant et tant de
soutien, de présences ... Ce que je souhaitais, c'était des témoins de notre
vie de couple, des témoins de mon engagement de croyant homosexuel, des témoins
de ce qui me fait vivre, de ce qui nous fait vivre. C'est finalement deux très
belles personnalités que j'ai choisies. Histoire de marquer une histoire déjà
longue et une histoire à écrire. Et il y a encore d'autres belles personnes auxquelles
nous pourront dire, dans notre préparation au mariage, à quel point elles
comptent pour nous.
J'essaierai de vous partager la façon dont cette préparation
œuvre en nos cœurs, assez régulièrement j'espère.
En guise de conclusion, j'évoquerai la retraite spi que mon
homme a fait récemment dans un monastère. Il n'est pas croyant, mais a accepté
volontiers la proposition d'une amie. Il en est revenu très emballé, me disant
que je devrai en faire plus souvent ...
jeudi 11 avril 2013
Christ en croix
C’est ce que nous avons vécu au plus intense (avant
la Résurrection) au cours de la semaine pascale : le Christ en croix,
acceptant la violence, l’humiliation, la mort ; témoignant jusqu’au bout
de l’amour du Père pour tous les hommes. Acceptant la violence sur lui, mais n’acceptant
pas d’utiliser la violence, ne permettant pas non plus à ses disciples d’en
user.
Et pourtant, elle habite le monde cette violence. Ce
sont les images que personnellement j’ai reçu ce Vendredi Saint, la violence du
monde contre tous les humains : hommes, femmes, enfants quelque soit leur
couleur de peau, leur pays d’origine, leur religion.
Malheureusement, cette violence n’est pas que
présente dans les pays en guerre, elle peut être aussi dans notre beau pays des
droits de l’homme…
J’ai été frappé, choqué, révolté mais,
malheureusement pas très surpris de voir ce visage tuméfié qui a fait le tour d’Internet
ces derniers jours. Pas très surpris, car, depuis ces derniers mois, les
observateurs des violences homophobes tiraient la sonnette d’alarme. Il s’agit
d’une augmentation des violences homophobes mais aussi des jeunes qui sont mis
à la porte de chez leurs parents en raison de leur orientation sexuelle.
Bien sur tous il ne s’agit pas de dire que tous les
opposant à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe sont responsables de
l’augmentation des violences, mais de s’interroger sur la façon dont le débat à
ouvert la voie à des actes de plus en plus violents …
Certains discours ont fait des homosexuels des êtres
à part, plus capricieux (« caprice d’avoir un enfant) ; moins stables
en couple, plus violents en couple, dépassés par un lobby non-représentatif …
Tous ces discours ont fait des homosexuels des pas-tout-à-fait-humains, on a
même parler de « duos » d’homosexuels plutôt que d’utiliser le terme
coulpe … Comment, après ça, demander de respecter les personnes que l’on a
ainsi mises à part et même en dessous ?
Et puis, cette histoire du « lobby gay »
me rappelle d’autres complots « judéo-maçonniques »… Non ? Ben
si : http://www.slate.fr/france/68991/dieudonne-mariage-pour-tous-sioniste.
Ne nous laissons pas prendre au piège de l’image d’un
lobby gay, sorte de tentacule couvrant le monde, mais voyons les hommes et les
femmes qui peuvent être blessés.
Alors, en tant que Chrétien, je suis fermement
opposé à toute forme de violence. J’attends évidemment une conduite exemplaire
des tenants du projet. J’attends, j’espère une réaction forte et vive de mon
Eglise contre ces déchainements de violence. Aussi ferme et aussi forte que sa
prise de position contre la loi sur le mariage. Parce que, comme nous le
rappelle notre Pape François, ce qui est le fondement de notre foi, c’est l’élan
vers l’autre, l’accueil et le respect de tout être humain quel qu’il soit.
On peut avoir des avis partagés sur cette loi. On
peut débattre du contenu du texte en faisant attention de ne pas extrapoler sur
des lois futures. On peut vouloir défendre l’intérêt des enfants à condition de
ne pas oublier les enfants déjà dans des familles homoparentales, à condition
de ne pas oublier les enfants dans les familles monoparentales, recomposées,
adoptés par des célibataires. N’oublions pas que tous les enfants n’ont pas
forcément un-papa-une-maman, n’oublions pas qu’il ne s’agit pas de « fabriquer
des orphelins » mais bel et bien de permettre une vraie reconnaissance du
parent « social » pour une meilleure protection de l’enfant. Ces
enfants – que je croise régulièrement – ont surtout besoin qu’on donne un cadre
protecteur à leur famille, et non qu’on les fasse rentrer dans un cadre qui n’est
pas le leur.
Mais, quelque soit notre avis sur cette loi, on ne
peut accepter la stigmatisation d’une partie de la population, la violence
contre les personnes, contre les associations, ni contre les élus de la
république.
Non, nous ne voulons aucun mal à votre famille, ni
même à la Famille, mais simplement pouvoir inscrire nos familles dans le cadre
de la loi.
Et si la lumière de Pâques permettait enfin un vrai
débat, respectueux des personnes et tenant compte des remarques critiques et
constructives de tous ? On peut rêver … Et même prier !
jeudi 14 mars 2013
Je suis de cette famille
Qu’est-t-il à la fois de plus simple et de plus complexe que
le sentiment d’appartenance qui nous lie à notre famille ? C’est à la fois
un grand bonheur et parfois une souffrance. Il y a bien dans le monde de
nombreuses familles heureuses mais nous savons tous, parfois l’avons-nous même
expérimenté, que la famille peut être aussi lieu de souffrance. Quoiqu’il en
soit, on ne la choisit pas et, on en fait partie à vie.
Et cela vaut aussi pour la grande famille de l’Eglise
Catholique.
En ce temps de Carême particulier pour moi cette année, c’est
ce qui m’a été donné : « tu fais partie de cette famille ». Et
pourtant je peux m’en sentir loin parfois quand elle s’engage fortement contre
la reconnaissance et donc la protection des couples et familles homoparentales.
Je peux avoir l’impression parfois que je n’en fais pas partie, que ce que je
suis, que mon choix de vie m’exclut de cette famille. Et pourtant, le lien qui
nous unit à notre famille est unique et indélébile. Je raisonnerais autrement
si ma foi n’était plus là, je raisonnerais autrement si l’expression de ma foi était
autre que celle de l’Eglise Catholique, je raisonnerais différemment surtout si
mon choix de Vie n’avait pas été un choix de vivre en vérité l’amour de Dieu en
totalité et l’amour humain dans la fidélité et le respect.
Mais non, je suis de cette famille.
Pendant ces longues années durant lesquelles j’ai cherché un
vrai chemin de vie, l’image que j’avais était souvent celle du premier de
cordée ouvrant la voie dans une paroi nouvelle. A la fois la difficulté de trouver
un chemin, la solitude de l’exercice et le danger correspondait à ce que je
ressentais. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression qu’après avoir atteint le
sommet de cette paroi, je me suis retrouvé sur un long plateau désertique
duquel je vois, au loin, la longue cohorte des chrétiens qui marche dans la verdoyante
vallée de la Terre Promise.
Bien sur ce n’est qu’une image et, Dieu merci, bien des
chrétiens m’ont montré qu’il n’y avait pas un gouffre infranchissable entre mon
chemin de vie et le leur et que, même plus proche de l’Eglise, il est possible
de se sentir à part.
Ce temps de Carême est aussi un temps qui me permet de
quitter ce haut plateau pour retourner faire famille en Eglise. Bien sûr la
peur que j’ai est celle du jugement de ce que je vis, la peur de m’entendre
dire : « tu ne fais plus partie de notre famille ». Mais, en ce
temps de Carême, l’Eglise m’invite à la conversion. Ce grand mot, qui fait
parfois peur, donne tout son sens dans son étymologie : se retourner,
changer de direction. Pour un croyant la conversion, c’est se remettre dans le
regard de Dieu, c’est reprendre Son chemin avec Lui. Dans ce chemin de faire
famille avec l’Eglise sous le regard de Dieu, ce fut le texte du fils prodigue
(Lc 15, 11 - 32) qui m’a été donné ce dimanche …
Ce qui m’a frappé dans ce texte, ce qui m’a rejoint dans ce
que je vis aujourd’hui, c’est la façon dont le fils prodigue, après avoir
dilapidé toute la fortune héritée de son père n’hésite pas à retourner vers
lui. Certes, il ne demande qu’un emploi et pas de retrouver son ancienne place,
mais il n’hésite pas et n’imagine pas que son père lui dira peut-être d’aller
voir ailleurs. Bien sûr son frère ne sera pas content, bien sûr son frère est
jaloux de l’accueil fait à celui qui a vécu une vie dissolue, mais le père n’est
qu’accueil, comme le Christ l’est à son époque pour tous ceux qui sont mis au
ban de la communauté des croyants de l’époque. C’est d’ailleurs par rapport aux
récriminations de ceux qui ce considèrent comme les « bons » croyants
que le Christ dit cette parabole.
Dans ce temps de Carême et de conversion, ce que je reçois
donc c’est un appel à rejoindre l’Eglise, comme le fils prodigue, en simple
ouvrier, en sachant bien que certains de mes « grands frères » dans
la foi risquent de me rappeler que j’ai quitté le droit chemin de l’Eglise…
Pour en finir sur cette histoire de famille, j’aimerai dire
quelques mots de l’élection du nouveau Pape.
Le mot en lui-même (papa) rappelle à quel point l’Eglise est
une famille. Cette élection, la surprise qu’elle procure et surtout la richesse
de découvrir une personnalité riche, simple et sincère qui remet le pauvre au cœur
de l’Eglise est un vrai bonheur. Les Cardinaux (aidés de l’Esprit Saint) ont
fait à la fois un choix audacieux et de simplicité. C’est pour moi, une vraie
bonne nouvelle, même si, comme d’autres, j’attends de voir.
Enfin, un mot sur Benoît XVI. Je n’étais pas fan du Cardinal
Ratzinger et je ne me suis jamais vraiment senti représenté par ce Pape.
Cependant, en faisant le bilan je me rends compte que ce bonhomme a accepté de
faire ce qu’il y avait à faire dans l’Eglise à ce moment là : le sale
boulot. Mettre de l’ordre et faire le clair sur les affaires, notamment de
pédophilie. Il a pris cette charge avec le nom de Benoît (fondateur d’un ordre
religieux) comme pour rappeler la vie monastique qu’il aurait préféré à celle
de Pape. Il a essayé de faire ce boulot de nettoyage en allant au plus loin de
ces forces et puis, il a eu l’humilité de reconnaître ses limites et a préféré
renoncer à sa charge. Finalement, il aura été un Pape au service de l’Eglise
avant tout et pour ça, il a gagné tout mon respect.
lundi 11 février 2013
Portraits de familles
On m’a glissé dans
l’oreillette que certain.e.s attentaient avec impatience des nouveaux posts.
C’est vrai que ça fait longtemps maintenant. C’est vrai aussi, que ce n’est pas
facile pour moi, étant donné mon engagement en faveur de la loi ouvrant le
mariage aux couples de même sexe, de rester simplement sur la posture de témoin
que je veux avoir ici. Mais, si je ne suis pas témoin, aujourd’hui de ce que je
vis en tant que croyant et homosexuel, je ne sais pas quand je pourrai l’être.
Pour rester dans le témoignage et éclairer les débats actuels d’une lumière qui
rappelle les enjeux humains, j’ai choisi de faire des portraits de familles.
(Oui, au pluriel, il va falloir s’y faire). Les personnages que je décris ici
sont issus de personnes de mon entourage. J’ai changé leurs prénoms et puis j’y
ai mis de ma plume. Ce ne sont donc plus exactement ceux qui m’ont inspirés,
mais ils en restent assez proche …
Bon promis, pour le
prochain billet, j’essaie de faire plus rapide.
Jérôme
a près de 40 ans. Il est hétéro et engagé fortement pour le mariage pour tous.
Pourquoi ? Parce que, élevé depuis ses six ans par son père, il n’a jamais
compris pourquoi il fallait cacher certaines choses, ne pas tout dire à tout le
monde. Son grand secret ? Simplement, que son père, après avoir divorcé,
s’était mis en couple avec un autre homme. Jérôme a vécu toute son adolescence
en jouant à ce jeu de l’entre deux : savoir à qui on peut dire quoi.
Adulte et libre de parler, il s’engage aujourd’hui pour dire qu’il n’a pas
souffert d’avoir un père homo et que les enfants de familles homoparentales ne
sont pas différents.
Ce
matin, en venant lever Samuel, sa maman a pu lui annoncer une merveilleuse
nouvelle. Grâce à l’amendement voté cette nuit, il va pouvoir revoir son grand
frère. Corine et Justine, les deux
mamans ont vécu plusieurs années ensemble. Elles ont acheté un appartement et
ont voulu fonder une famille. Chacune d’elle a porté un enfant, tous deux issus
d’un même donneur. La vie a poursuivi son cours et ce qui arrive parfois (même
aux couples hétéro) leur est arrivé : elles se sont séparées.
Malheureusement, là où la loi protège les enfants dans les couples hétéros,
elle nie l’existence et donc la protection des familles homo. Les homos n’ont
rien à envier aux hétéro : la séparation se passa mal avec, au final, la
séparation pour les enfants aussi. Seule une procédure longue aurait peut-être
permis des retrouvailles. Mais ce matin Samuel a le sourire : il va
retrouver son frère.
Pauline,
elle aussi, a deux mamans. Enfin, une maman et une Moune. En ce moment, des
messieurs qui passent leur temps assis à crier sont en train de voter une loi
qui va permettre à ses deux mamans de se marier. Mieux encore, sa Moune va
pouvoir l’adopter. Même si on n’ose encore totalement y croire – malgré les
avancées réelles à l’assemblée – les préparatifs commencent à s’échafauder dans
les têtes. Et, pour toutes les trois, le grand moment ce ne sera pas seulement
le mariage, mais aussi l’adoption, parce que c’est de cette manière que leur
famille sera totalement reconnue. Alors, ils peuvent bien continuer à crier les
messieurs sur leurs bancs, Pauline sait que les deux dames et le monsieur avec
les lunettes font tout pour que sa famille soit enfin reconnue.
Enfin,
moi aussi je suis avec attention tous ces débats, parfois blessé aussi par
certaines vociférations et par des mécanismes politiciens. Je suis ces débats
parce que je ne sais que trop les fragilités pour les enfants de l’absence de
loi. Je les revois, ces enfants, s’égaillant en pagaille autour de leurs
parents dans l’attente du spectacle de l’arbre de Noël. Je n’ai vu, autour
d’eux, que des parents responsables, éducateurs, aimants et protecteurs.
Elevant leurs enfants quel qu’il soit, y compris dans des situations de
handicap ou de maladie. Évidement, j’attends aussi pour mon couple la
possibilité du mariage civil, dans la maison commune et en présence de
l’officier d’état civil ceint de son écharpe tricolore.
Et si
aujourd’hui je demande à la République de donner les même protections et la
même reconnaissance à tous ces enfants, ces couples, bref, ces familles, c’est
parce que j’ai l’intime conviction que Dieu regarde toutes ces familles avec le
même regard d’amour.
mercredi 19 septembre 2012
Je ne veux pas avoir d'enfant
Non, je ne veux pas avoir d'enfant. C'est deux mots de trop dans cette phrase. Deux verbes laissés par les hasards de la langue. Mais comme ils rendent laide cette phrase !
Non, je ne veux pas.
Parce que c'est au-delà de ma volonté. Parce que même si on peut essayer de prévoir et de planifier, ça ne se décide jamais complètement. L'enfant qui arrive, on ne peut que l'accueillir, tel qu''il est, au moment où il arrive.
Je ne veux pas, parce que le désir d'enfant ça n'est que la suite logique de l'amour de l'autre. Aimer c'est accepter l'autre avec ses différences, c'est accepter de risquer sa vie à deux, accepter l'aventure de la découverte de l'Autre. Et quand on commence à apprivoiser l'autre, quand on commence à avoir été apprivoisé, quand le bruit du vent dans le blé ne nous est plus indifférent, alors, c'est un autre désir, une autre rencontre, une nouvelle aventure qui se met en chemin. Même quand on se regarde, sachant bien en vérité que ce chemin-là sera tout sauf facile. Même si on perçoit bien que c'est une aventure qui sera plutôt de l'ordre du trek de très haute montagne, même quand on sait qu'on n'est que tout petit, on ose se dire que - même si, peut-être, on n'arrivera pas au bout - on va faire un bout de route sur ce chemin.Parce que, dans ce qui se vit dans notre couple, ça fait sens. Parce qu'il nous est insupportable de se dire que cet amour de l'un à l'autre dont tant peuvent être témoins devra rester enfermé. Que cette source, prête à jaillir a été scellée.
Alors, non, je ne veux pas, c'est l'Amour qui, débordant de sa jarre, coule et jaillit, n'aillant que faire des montagnes que, de tout temps, il a raboté.
Non, je ne veux pas. C'est juste que s'inscrit en creux dans ma vie l'histoire de ce possible. C'est juste que, dans ce que tresse notre amour, on peut voir en creux l'enfant qui n'est pas là. Oh, certes, certains me diront qu'il est possible de faire vivre ce creux autrement. (De grâce, n'en faites rien). C'est juste que rien ne saurait avoir la dimension d'un être vivant qui, accompagné par notre amour se lancerait dans le grand champ de la Vie. Ni l'engagement associatif, pourtant si riche, ni la force de l'amitié, pourtant si belle, ni le savoir, les voyages, et tant d'autres richesses de la vie n'auront la profondeur d'un amour qui se donne tout entier pour donner la vie.
Non, je ne veux pas avoir. D'ailleurs, je ne peux pas avoir. Je ne parle pas d'une impossibilité physique, ni même due à la composition de mon couple. Non, je ne peux pas avoir, parce qu'on ne saurait posséder un enfant. On ne peux ni décider qui ils seront en vérité. On ne saurait que semer, continuellement, en sachant très bien, comme dans la Parabole, que toutes les graines ne germeront pas. Je suis déjà, de par mon métier, un semeur. Je ne suis qu'un des semeurs que les enfants rencontrent sur leur route. Je connais déjà la réalité de ce beau rôle d'éducateur, toujours présent, toujours en train de se retirer sur la pointe des pieds. Les enfants ne nous appartiennent pas, ils construisent leur vie, prenant ça et là, parmi les graines qu'ils auront reçues, laissant germer celles qui leur auront convenu.
Après tout, je ne saurai jamais dire mieux que le poète :
Vos enfants ne sont pas vos enfants
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même
Ils passent par vous mais ne viennent pas de vous
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas
Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées
Car ils ont leurs propres pensées
Vous pouvez accueillir leurs corps, mais pas leurs âmes
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter même en rêve
Vous pouvez vous efforcer d'être semblables à eux
Mais ne cherchez pas à les rendre semblables à vous
Car la vie ne revient pas en arrière ni ne s'attarde avec hier
Vous êtes les arcs à partir desquels vos enfants, telles des flèches vivantes, sont lancés
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
afin que les flèches soient rapides et leur portée lointaine.
Puisse votre courbure dans la main de l'Archer être pour l'allégresse
Car de même qu'Il chérit la flèche en son envol, Il aime l'arc en sa stabilité
Khalil Gibran
Extrait du recueil Le Prophète
Non, je ne veux pas.
Parce que c'est au-delà de ma volonté. Parce que même si on peut essayer de prévoir et de planifier, ça ne se décide jamais complètement. L'enfant qui arrive, on ne peut que l'accueillir, tel qu''il est, au moment où il arrive.
Je ne veux pas, parce que le désir d'enfant ça n'est que la suite logique de l'amour de l'autre. Aimer c'est accepter l'autre avec ses différences, c'est accepter de risquer sa vie à deux, accepter l'aventure de la découverte de l'Autre. Et quand on commence à apprivoiser l'autre, quand on commence à avoir été apprivoisé, quand le bruit du vent dans le blé ne nous est plus indifférent, alors, c'est un autre désir, une autre rencontre, une nouvelle aventure qui se met en chemin. Même quand on se regarde, sachant bien en vérité que ce chemin-là sera tout sauf facile. Même si on perçoit bien que c'est une aventure qui sera plutôt de l'ordre du trek de très haute montagne, même quand on sait qu'on n'est que tout petit, on ose se dire que - même si, peut-être, on n'arrivera pas au bout - on va faire un bout de route sur ce chemin.Parce que, dans ce qui se vit dans notre couple, ça fait sens. Parce qu'il nous est insupportable de se dire que cet amour de l'un à l'autre dont tant peuvent être témoins devra rester enfermé. Que cette source, prête à jaillir a été scellée.
Alors, non, je ne veux pas, c'est l'Amour qui, débordant de sa jarre, coule et jaillit, n'aillant que faire des montagnes que, de tout temps, il a raboté.
Non, je ne veux pas. C'est juste que s'inscrit en creux dans ma vie l'histoire de ce possible. C'est juste que, dans ce que tresse notre amour, on peut voir en creux l'enfant qui n'est pas là. Oh, certes, certains me diront qu'il est possible de faire vivre ce creux autrement. (De grâce, n'en faites rien). C'est juste que rien ne saurait avoir la dimension d'un être vivant qui, accompagné par notre amour se lancerait dans le grand champ de la Vie. Ni l'engagement associatif, pourtant si riche, ni la force de l'amitié, pourtant si belle, ni le savoir, les voyages, et tant d'autres richesses de la vie n'auront la profondeur d'un amour qui se donne tout entier pour donner la vie.
Non, je ne veux pas avoir. D'ailleurs, je ne peux pas avoir. Je ne parle pas d'une impossibilité physique, ni même due à la composition de mon couple. Non, je ne peux pas avoir, parce qu'on ne saurait posséder un enfant. On ne peux ni décider qui ils seront en vérité. On ne saurait que semer, continuellement, en sachant très bien, comme dans la Parabole, que toutes les graines ne germeront pas. Je suis déjà, de par mon métier, un semeur. Je ne suis qu'un des semeurs que les enfants rencontrent sur leur route. Je connais déjà la réalité de ce beau rôle d'éducateur, toujours présent, toujours en train de se retirer sur la pointe des pieds. Les enfants ne nous appartiennent pas, ils construisent leur vie, prenant ça et là, parmi les graines qu'ils auront reçues, laissant germer celles qui leur auront convenu.
Après tout, je ne saurai jamais dire mieux que le poète :
Vos enfants ne sont pas vos enfants
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même
Ils passent par vous mais ne viennent pas de vous
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas
Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées
Car ils ont leurs propres pensées
Vous pouvez accueillir leurs corps, mais pas leurs âmes
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter même en rêve
Vous pouvez vous efforcer d'être semblables à eux
Mais ne cherchez pas à les rendre semblables à vous
Car la vie ne revient pas en arrière ni ne s'attarde avec hier
Vous êtes les arcs à partir desquels vos enfants, telles des flèches vivantes, sont lancés
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
afin que les flèches soient rapides et leur portée lointaine.
Puisse votre courbure dans la main de l'Archer être pour l'allégresse
Car de même qu'Il chérit la flèche en son envol, Il aime l'arc en sa stabilité
Khalil Gibran
Extrait du recueil Le Prophète
Inscription à :
Articles (Atom)
