jeudi 14 mars 2013

Je suis de cette famille



Qu’est-t-il à la fois de plus simple et de plus complexe que le sentiment d’appartenance qui nous lie à notre famille ? C’est à la fois un grand bonheur et parfois une souffrance. Il y a bien dans le monde de nombreuses familles heureuses mais nous savons tous, parfois l’avons-nous même expérimenté, que la famille peut être aussi lieu de souffrance. Quoiqu’il en soit, on ne la choisit pas et, on en fait partie à vie.
Et cela vaut aussi pour la grande famille de l’Eglise Catholique.
En ce temps de Carême particulier pour moi cette année, c’est ce qui m’a été donné : « tu fais partie de cette famille ». Et pourtant je peux m’en sentir loin parfois quand elle s’engage fortement contre la reconnaissance et donc la protection des couples et familles homoparentales. Je peux avoir l’impression parfois que je n’en fais pas partie, que ce que je suis, que mon choix de vie m’exclut de cette famille. Et pourtant, le lien qui nous unit à notre famille est unique et indélébile. Je raisonnerais autrement si ma foi n’était plus là, je raisonnerais autrement si l’expression de ma foi était autre que celle de l’Eglise Catholique, je raisonnerais différemment surtout si mon choix de Vie n’avait pas été un choix de vivre en vérité l’amour de Dieu en totalité et l’amour humain dans la fidélité et le respect.
Mais non, je suis de cette famille.
Pendant ces longues années durant lesquelles j’ai cherché un vrai chemin de vie, l’image que j’avais était souvent celle du premier de cordée ouvrant la voie dans une paroi nouvelle. A la fois la difficulté de trouver un chemin, la solitude de l’exercice et le danger correspondait à ce que je ressentais. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression qu’après avoir atteint le sommet de cette paroi, je me suis retrouvé sur un long plateau désertique duquel je vois, au loin, la longue cohorte des chrétiens qui marche dans la verdoyante vallée de la Terre Promise.
Bien sur ce n’est qu’une image et, Dieu merci, bien des chrétiens m’ont montré qu’il n’y avait pas un gouffre infranchissable entre mon chemin de vie et le leur et que, même plus proche de l’Eglise, il est possible de se sentir à part.
Ce temps de Carême est aussi un temps qui me permet de quitter ce haut plateau pour retourner faire famille en Eglise. Bien sûr la peur que j’ai est celle du jugement de ce que je vis, la peur de m’entendre dire : « tu ne fais plus partie de notre famille ». Mais, en ce temps de Carême, l’Eglise m’invite à la conversion. Ce grand mot, qui fait parfois peur, donne tout son sens dans son étymologie : se retourner, changer de direction. Pour un croyant la conversion, c’est se remettre dans le regard de Dieu, c’est reprendre Son chemin avec Lui. Dans ce chemin de faire famille avec l’Eglise sous le regard de Dieu, ce fut le texte du fils prodigue (Lc 15, 11 - 32) qui m’a été donné ce dimanche …

Ce qui m’a frappé dans ce texte, ce qui m’a rejoint dans ce que je vis aujourd’hui, c’est la façon dont le fils prodigue, après avoir dilapidé toute la fortune héritée de son père n’hésite pas à retourner vers lui. Certes, il ne demande qu’un emploi et pas de retrouver son ancienne place, mais il n’hésite pas et n’imagine pas que son père lui dira peut-être d’aller voir ailleurs. Bien sûr son frère ne sera pas content, bien sûr son frère est jaloux de l’accueil fait à celui qui a vécu une vie dissolue, mais le père n’est qu’accueil, comme le Christ l’est à son époque pour tous ceux qui sont mis au ban de la communauté des croyants de l’époque. C’est d’ailleurs par rapport aux récriminations de ceux qui ce considèrent comme les « bons » croyants que le Christ dit cette parabole.
Dans ce temps de Carême et de conversion, ce que je reçois donc c’est un appel à rejoindre l’Eglise, comme le fils prodigue, en simple ouvrier, en sachant bien que certains de mes « grands frères » dans la foi risquent de me rappeler que j’ai quitté le droit chemin de l’Eglise…
Pour en finir sur cette histoire de famille, j’aimerai dire quelques mots de l’élection du nouveau Pape.
Le mot en lui-même (papa) rappelle à quel point l’Eglise est une famille. Cette élection, la surprise qu’elle procure et surtout la richesse de découvrir une personnalité riche, simple et sincère qui remet le pauvre au cœur de l’Eglise est un vrai bonheur. Les Cardinaux (aidés de l’Esprit Saint) ont fait à la fois un choix audacieux et de simplicité. C’est pour moi, une vraie bonne nouvelle, même si, comme d’autres, j’attends de voir.
Enfin, un mot sur Benoît XVI. Je n’étais pas fan du Cardinal Ratzinger et je ne me suis jamais vraiment senti représenté par ce Pape. Cependant, en faisant le bilan je me rends compte que ce bonhomme a accepté de faire ce qu’il y avait à faire dans l’Eglise à ce moment là : le sale boulot. Mettre de l’ordre et faire le clair sur les affaires, notamment de pédophilie. Il a pris cette charge avec le nom de Benoît (fondateur d’un ordre religieux) comme pour rappeler la vie monastique qu’il aurait préféré à celle de Pape. Il a essayé de faire ce boulot de nettoyage en allant au plus loin de ces forces et puis, il a eu l’humilité de reconnaître ses limites et a préféré renoncer à sa charge. Finalement, il aura été un Pape au service de l’Eglise avant tout et pour ça, il a gagné tout mon respect.

lundi 11 février 2013

Portraits de familles

On m’a glissé dans l’oreillette que certain.e.s attentaient avec impatience des nouveaux posts. C’est vrai que ça fait longtemps maintenant. C’est vrai aussi, que ce n’est pas facile pour moi, étant donné mon engagement en faveur de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, de rester simplement sur la posture de témoin que je veux avoir ici. Mais, si je ne suis pas témoin, aujourd’hui de ce que je vis en tant que croyant et homosexuel, je ne sais pas quand je pourrai l’être. Pour rester dans le témoignage et éclairer les débats actuels d’une lumière qui rappelle les enjeux humains, j’ai choisi de faire des portraits de familles. (Oui, au pluriel, il va falloir s’y faire). Les personnages que je décris ici sont issus de personnes de mon entourage. J’ai changé leurs prénoms et puis j’y ai mis de ma plume. Ce ne sont donc plus exactement ceux qui m’ont inspirés, mais ils en restent assez proche …
Bon promis, pour le prochain billet, j’essaie de faire plus rapide.


Jérôme a près de 40 ans. Il est hétéro et engagé fortement pour le mariage pour tous. Pourquoi ? Parce que, élevé depuis ses six ans par son père, il n’a jamais compris pourquoi il fallait cacher certaines choses, ne pas tout dire à tout le monde. Son grand secret ? Simplement, que son père, après avoir divorcé, s’était mis en couple avec un autre homme. Jérôme a vécu toute son adolescence en jouant à ce jeu de l’entre deux : savoir à qui on peut dire quoi. Adulte et libre de parler, il s’engage aujourd’hui pour dire qu’il n’a pas souffert d’avoir un père homo et que les enfants de familles homoparentales ne sont pas différents.
Ce matin, en venant lever Samuel, sa maman a pu lui annoncer une merveilleuse nouvelle. Grâce à l’amendement voté cette nuit, il va pouvoir revoir son grand frère.  Corine et Justine, les deux mamans ont vécu plusieurs années ensemble. Elles ont acheté un appartement et ont voulu fonder une famille. Chacune d’elle a porté un enfant, tous deux issus d’un même donneur. La vie a poursuivi son cours et ce qui arrive parfois (même aux couples hétéro) leur est arrivé : elles se sont séparées. Malheureusement, là où la loi protège les enfants dans les couples hétéros, elle nie l’existence et donc la protection des familles homo. Les homos n’ont rien à envier aux hétéro : la séparation se passa mal avec, au final, la séparation pour les enfants aussi. Seule une procédure longue aurait peut-être permis des retrouvailles. Mais ce matin Samuel a le sourire : il va retrouver son frère.
Pauline, elle aussi, a deux mamans. Enfin, une maman et une Moune. En ce moment, des messieurs qui passent leur temps assis à crier sont en train de voter une loi qui va permettre à ses deux mamans de se marier. Mieux encore, sa Moune va pouvoir l’adopter. Même si on n’ose encore totalement y croire – malgré les avancées réelles à l’assemblée – les préparatifs commencent à s’échafauder dans les têtes. Et, pour toutes les trois, le grand moment ce ne sera pas seulement le mariage, mais aussi l’adoption, parce que c’est de cette manière que leur famille sera totalement reconnue. Alors, ils peuvent bien continuer à crier les messieurs sur leurs bancs, Pauline sait que les deux dames et le monsieur avec les lunettes font tout pour que sa famille soit enfin reconnue.
Enfin, moi aussi je suis avec attention tous ces débats, parfois blessé aussi par certaines vociférations et par des mécanismes politiciens. Je suis ces débats parce que je ne sais que trop les fragilités pour les enfants de l’absence de loi. Je les revois, ces enfants, s’égaillant en pagaille autour de leurs parents dans l’attente du spectacle de l’arbre de Noël. Je n’ai vu, autour d’eux, que des parents responsables, éducateurs, aimants et protecteurs. Elevant leurs enfants quel qu’il soit, y compris dans des situations de handicap ou de maladie. Évidement, j’attends aussi pour mon couple la possibilité du mariage civil, dans la maison commune et en présence de l’officier d’état civil ceint de son écharpe tricolore.
Et si aujourd’hui je demande à la République de donner les même protections et la même reconnaissance à tous ces enfants, ces couples, bref, ces familles, c’est parce que j’ai l’intime conviction que Dieu regarde toutes ces familles avec le même regard d’amour.

mercredi 19 septembre 2012

Je ne veux pas avoir d'enfant

Non, je ne veux pas avoir d'enfant. C'est deux mots de trop dans cette phrase. Deux verbes laissés par les hasards de la langue. Mais comme ils rendent laide cette phrase !
Non, je ne veux pas.
Parce que c'est au-delà de ma volonté. Parce que même si on peut essayer de prévoir et de planifier, ça ne se décide jamais complètement. L'enfant qui arrive, on ne peut que l'accueillir, tel qu''il est, au moment où il arrive.
Je ne veux pas, parce que le désir d'enfant ça n'est que la suite logique de l'amour de l'autre. Aimer c'est accepter l'autre avec ses différences, c'est accepter de risquer sa vie à deux, accepter l'aventure de la découverte de l'Autre. Et quand on commence à apprivoiser l'autre, quand on commence à avoir été apprivoisé, quand le bruit du vent dans le blé ne nous est plus indifférent, alors, c'est un autre désir, une autre rencontre, une nouvelle aventure qui se met en chemin. Même quand on se regarde, sachant bien en vérité que ce chemin-là sera tout sauf facile. Même si on perçoit bien que c'est une aventure qui sera plutôt de l'ordre du trek de très haute montagne, même quand on sait qu'on n'est que tout petit, on ose se dire que - même si, peut-être, on n'arrivera pas au bout - on va faire un bout de route sur ce chemin.Parce que, dans ce qui se vit dans notre couple, ça fait sens. Parce qu'il nous est insupportable de se dire que cet amour de l'un à l'autre dont tant peuvent être témoins devra rester enfermé. Que cette source, prête à jaillir a été scellée.
Alors, non, je ne veux pas, c'est l'Amour qui, débordant de sa jarre, coule et jaillit, n'aillant que faire des montagnes que, de tout temps, il a raboté.

Non, je ne veux pas. C'est juste que s'inscrit en creux dans ma vie l'histoire de ce possible. C'est juste que, dans ce que tresse notre amour, on peut voir en creux l'enfant qui n'est pas là. Oh, certes, certains me diront qu'il est possible de faire vivre ce creux autrement. (De grâce, n'en faites rien). C'est juste que rien ne saurait avoir la dimension d'un être vivant qui, accompagné par notre amour se lancerait dans le grand champ de la Vie. Ni l'engagement associatif, pourtant si riche, ni la force de l'amitié, pourtant si belle, ni le savoir, les voyages, et tant d'autres richesses de la vie n'auront la profondeur d'un amour qui se donne tout entier pour donner la vie.

Non, je ne veux pas avoir. D'ailleurs, je ne peux pas avoir. Je ne parle pas d'une impossibilité physique, ni même due à la composition de mon couple. Non, je ne peux pas avoir, parce qu'on ne saurait posséder un enfant. On ne peux ni décider qui ils seront en vérité. On ne saurait que semer, continuellement, en sachant très bien, comme dans la Parabole, que toutes les graines ne germeront pas. Je suis déjà, de par mon métier, un semeur. Je ne suis qu'un des semeurs que les enfants rencontrent sur leur route. Je connais déjà la réalité de ce beau rôle d'éducateur, toujours présent, toujours en train de se retirer sur la pointe des pieds. Les enfants ne nous appartiennent pas, ils construisent leur vie, prenant ça et là, parmi les graines qu'ils auront reçues, laissant germer celles qui leur auront convenu.
Après tout, je ne saurai jamais dire mieux que le poète : 

Vos enfants ne sont pas vos enfants
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même

Ils passent par vous mais ne viennent pas de vous
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas

Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées
Car ils ont leurs propres pensées

Vous pouvez accueillir leurs corps, mais pas leurs âmes
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter même en rêve

Vous pouvez vous efforcer d'être semblables à eux
Mais ne cherchez pas à les rendre semblables à vous
Car la vie ne revient pas en arrière ni ne s'attarde avec hier

Vous êtes les arcs à partir desquels vos enfants, telles des flèches vivantes, sont lancés
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
afin que les flèches soient rapides et leur portée lointaine.
Puisse votre courbure dans la main de l'Archer être pour l'allégresse
Car de même qu'Il chérit la flèche en son envol, Il aime l'arc en sa stabilité

Khalil Gibran
Extrait du recueil Le Prophète

mercredi 12 septembre 2012

Chéma Israël



Ecoute Israël, l'Éternel, notre Dieu, l'Éternel est UN.
Béni soit à jamais le nom de Son règne glorieux.
Tu aimeras l'Éternel ton Dieu, de tout ton cœur,
de toute ton âme
et de tous tes moyens

Ce texte fonde deux religions. Il s’agit du Chéma Israël, récité par les juifs deux fois par jour, il s’agit, pour les chrétiens du début de la grande loi d’Amour énoncée par le Christ. A cet amour de Dieu, le Christ n’oublie pas d’ajouter « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est cette voie que j’ai essayé de suivre, jour après jour, dans tout le cheminement autour de ma sexualité, celle que j’essaye de suivre encore aujourd’hui.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toutes tes forces et ton prochain comme toi-même. Il y a donc une trinité d’amour sur terre comme au ciel … Il y a pour moi, un rappel fondamental : si l’amour de Dieu est inconditionnel, la façon dont nous sommes les uns avec les autres est étroitement liée à la façon dont nous nous acceptons.
… comme toi-même.
Pour beaucoup de jeunes, découvrant leur homosexualité, c’est difficile, voire impossible. S’aimer soi en vérité, c’est accepter en nous la différence d’un désir « hors norme ». C’est voir une image, celle des homosexuels, et ne pas s’y reconnaitre. C’est d’abord, et avant tout accepter d’être son propre prochain. Dans la parabole du bon samaritain, qui suit immédiatement cette règle universelle d’amour, le Christ met en scène un Samaritain qui sauve un Juif. Pour mettre à jour cette parabole, il faudrait parler d’un Palestinien et d’un Juif, seule façon de comprendre la force de la scène décrite par le Christ. Pour moi, accepter mes désirs homosexuels a été aussi difficile qu’a du l’être le geste du Samaritain ou que celui de St François d’Assise pour le lépreux. Aujourd’hui, j’ose espérer que l’image des homosexuels a évolué, qu’elle est moins négative et moins caricaturale, qu’il est plus facile d’accéder à cette acceptation.
Cette démarche d’acceptation et d’amour n’oublie pas la vérité. Il ne s’agit ni de pitié ni de résignation. Pour aimer son prochain comme soi-même, il faut être capable de se regarder en vérité dans le miroir de l’âme et d’aimer vraiment ce qu’on y voit. Ce n’est qu’en ayant laissé la place au regard d’amour purificateur du Christ qu’on peut vivre en vérité sa relation à l’autre.
Il y a des souffrances qu’il ne faut pas oublier, mais qu’il ne faut pas non plus mal interpréter.  Beaucoup d’études ont montré un grand taux de suicide chez les jeunes homos. Beaucoup ont en tête l’image des nuits fauves de Collard. Ces comportements à risque ne sont pas liés à l’homosexualité en elle-même mais bien à la difficulté de s’accepter en vérité. Beaucoup préféreront d’être morts que pédés et, parmi ceux qui commencent leur acceptation, certains resteront au milieu du chemin, multipliant les pratiques à risque dans un rejet partiel d’eux-mêmes.

Tu aimeras ton prochain …
Mon prochain, c’est celui qui est différent de moi, parfois radicalement différent, comme dans la parabole, c’est aussi celui qui m’est proche.
On reproche souvent aux homosexuels de chercher leur propre image dans celle de leur compagnon, ou de se refuser à l’altérité …
Tout d’abord, comme je viens de le dire, la découverte de leurs désirs oblige les homosexuels à remettre en cause l’image qu’ils avaient d’eux même. La découverte de mon homosexualité m’a amené à me rejeter moi-même, à avoir une image de moi dévalorisée. Il n’est donc pas question de personnes qui sont complètement obnubilées par leur propre image, mais parfois de personnes qui n’arrivent pas à s’aimer eux-même.
Ensuite, deux hommes ou deux femmes ne sauraient être identiques, et je n’ai jamais croisé aucun couple homo dans lesquels il n’y aurait eu que très peu de différences. Certes, la différence des sexes n’est pas là, mais l’humanité est tellement pleine de variations, de nuances, de différences … Deux êtres qui s’aiment ce sont toujours deux univers qui se rencontrent. Parfois, ils se rencontrent sur des points communs, parfois sur de la complémentarité, parfois sur de la différence, en tout les cas, ce sont deux univers qui se mettent à tourner ensemble.
L’argument du refus de l’altérité me blesse. Sous prétexte que mon partenaire a un point de commun en plus que ce qu’on rencontre habituellement dans les couples, on en déduit que j’aurais peur de la différence, que je la refuserais …
Se risquer à l’aventure de l’autre est pourtant une des choses que je préfère. Découvrir chez les autres des points communs donne toujours un sentiment de bien-être, mais découvrir ce qui fait les différences est quelque chose qui me fait sentir vraiment vivant. Je ne peux que revoir avec émotion les visages, les histoires que j’ai côtoyées dans ma vie, toutes ces couleurs … Je revois les groupes de partage chrétiens –musulmans, catho - protestants, franco-allemand, mes voyages en Algérie, au Sénégal et ce que j’ai pu essayer de comprendre de ce qui ce vivait là-bas. Ma joie toute récente de voir les multiples cultures, couleurs, histoires dans ma toute nouvelle frat.
Et, des personnes qui refusent d’accepter de reconnaitre la réalité du lien qui m’unit à l’homme que j’aime se permettent de venir me dire que je refuse l’altérité ?
L’amour qu’un homme peut ressentir pour un autre homme, qu’une femme ressent pour une autre femme suit les même chemins, rencontre les mêmes difficultés, les mêmes joies, … que celui d’un homme pour une femme. L’attirance sexuelle se manifeste des mêmes façons et peut être transcendée tout aussi bien dans l’amour. Il existe aujourd’hui en France un certain nombre de personnes qui s’aiment, se protègent, sont fidèles parfois depuis des dizaines d’années, mais qui pour l’instant ne peuvent être reconnus dans le mariage.
Comme pour les hétérosexuels, il s’agit d’être vrai avec les attirances et les sentiments que l’on ressent. Prendre le temps de discerner la vérité et la profondeur d’un sentiment avant de s’engager. Mais, aussi savoir regarder en vérité ce sentiment qui nous fait vivre : en couple nous avons traversé déjà du meilleur et du pire, nous nous sommes déjà disputés et déjà soutenus. Certains ont déjà vécu l’agrandissement de la famille, les nuits à veiller, les couches à changer, l’émerveillement d’un sourire au matin …
Cet amour de l’un pour l’autre qui débouche parfois sur l’arrivée d’un troisième est gravement jugé par certains. Ceux-là nous disent que, pour protéger l’enfant, il faut que sa famille n’ait pas de cadre juridique. Ceux-là nous disent aussi, au nom de la défense du mariage, que le mariage n’a jamais été une histoire d’amour. Ceux-là oublient aussi que, quand le Christ parle de ne pas rompre les liens du mariage, il s’agit avant tout de protéger la femme de la répudiation.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu …
Parce qu’il nous aime, Dieu nous donne à vivre. Cet amour inconditionnel de Dieu, je l’ai ressenti au plus profond de moi et il me fait vivre. Comment aimer Dieu de tout mon cœur ? En vivant, en vérité, l’appel à l’amour et à la vie que Dieu adresse à chacun d’entre nous. C’est pour cela que je vis aujourd’hui en couple avec l’homme que j’aime. Parce que j’ai toujours su que je n’étais pas appelé au célibat. Quand j’ai commencé à vraiment accepter mes désirs homosexuels, je me suis posé la question de ce que j’allais faire de ce que je ressentais. Même si je suis d’un naturel plutôt rêveur et solitaire, je me sentais appelé à autre chose. Je sais que l’Eglise, mon Eglise, celle dans laquelle je vis ma foi, propose un seul chemin pour les homosexuels. En mon âme et conscience, l’appel que j’ai ressenti était autre. Et l’arbre a porté du fruit. Ce choix que j’ai fait, celui de vivre en vérité l’amour au sein d’un couple, m’a permis de grandir encore, de gouter à de nouvelles choses et a permis la vie d’un couple avec toutes les richesses que cela apporte. Alors, oui, vivre une relation d’amour en couple homosexuel est ma façon de rendre grâce au Seigneur qui a fait pour moi des merveilles. Sur mon chemin de vie, le témoignage que je rends aujourd’hui est un autre des fruits que ma vie de couple a portés.

lundi 3 septembre 2012

Le Seigneur m'a donné des Frères

A l'invitation d'une amie, j'ai participé l'an dernier à la Fraternité Franciscaine d'Initiation. Apprendre à connaître le chemin de ce grand Saint, connaître les différentes étapes de sa vie, apprendre aussi à partager avec des Frères et Soeurs...


Ce dimanche j'intégrai une fraternité dans laquelle je vais cheminer pour un bon bout de temps, (si Dieu le veut^^). L'occasion de découvrir les différents parcours des personnes autour de la table, de partager avec elles une eucharistie et un repas.

Les textes de ce dimanche étaient un vibrant appel à ne pas se laisser enfermer dans une tradition stérile mais à vivre en vérité la grande Loi de l'Amour de Dieu. Sans juger. Le prêtre de nous rappeler, que, de tous temps, les humains ont eu besoin de règles et de traditions pour se fédérer, se reconnaître membres d'un même peuple. Mais Dieu nous appelle plus loin, il nous demande de quitter ces traditions rassurantes pour aller vivre l'Amour en vérité. Et - nous disait le prêtre - si nous avons vraiment besoin d'une dimension identitaire, n'oublions pas : "C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples" (Jn 13; 35)

Que dire du partage qui d'en est suivi, sinon, qu'il fut beau, sincère et qu'il révéla toute la diversité des situations vécues dans le peuple des chrétiens. Alors que peu de choses semblent nous rapprocher dans nos vies, nous formions déjà une vraie fraternité, laissant parler nos coeurs pour raconter notre chemin et accueillir celui des autres.

J'accueille aussi avec beaucoup de joie les très beaux moments de prière que je vis en ce moment.
A nouveau, le Christ m'appelle à marcher à ses cotés et, sur ce chemin, cette Fraternité a tout son sens pour ne pas cheminer seul, mais bel et bien dans ce peuple de Dieu.


samedi 1 septembre 2012

J'aimerai commencer par les premières étapes de mon cheminement, histoire de poser un peu le cadre de mon histoire.

J'ai été, je pense un petit enfant assez classique, timide certes, plus attiré par la lecture et la rêverie que le sport, mais bon, personne n'ai parfait.

Rien ne m'avait donc vraiment préparé à cette découverte de mes désirs à l'adolescence. D'abord timides, détournés (je pense à ce garçon parce qu'il a des yeux de fille ...), la réalité de ces désirs finit par s'imposer.

J'ai passé alors des années à essayer de les refouler, à essayer de me dire que, malgré ces désirs forts, je pourrais vivre une relation d'amour avec une fille.

Je rejetais les désirs, l'attirance que j'avais pour les garçons. Ces désirs, cette force présente dans mon corps, ne pouvant s'exprimer de façon transcendée dans l'amour, revenait en moi sous des fantasmes plus négatifs, exprimant en même temps le désir et le dégoût pour ce désir.

En même temps, j'essayais de toutes mes forces d'aller vers les filles. Les nouvelles amitiés avec des filles étaient pour moi vécues comme des possibilités d'amour. Je n'avait pas de désir pour elles, simplement une vision complètement intellectuelle de ce que pourrait être une relation sexuelle avec une femme. Mon corps, quand à lui ne cessait de me renvoyer des images des relations avec les hommes.

Ça a été toute l'histoire de mon adolescence, cette dichotomie entre corps et esprit. Pendant 14 ans, j'ai tout mis en oeuvre pour essayer de vivre autre chose que ces désirs qui m'habitaient. Beaucoup de souffrance au final, un grand sentiment de solitude, même si, j'ai été accompagné par des amis - et quel accompagnement !

J'ai entrepris une thérapie pour essayer d'y voir plus clair en moi. Après plusieurs mois, alors que je revenais sur ces fantasmes négatifs, révélateurs de mon profonds malaise, la psy me dit "il va quand même falloir accepter ces désirs ..."

Alors, j'ai commencé à en parler à mes plus proches amis, et j'ai commencé à ne plus refouler ce que je ressentais. J'ai commencé, aussi, à porter cette situation dans la prière.

L'accompagnement des ces amis a été un appui formidable qui m'a permis aussi de voir que je n'étais pas rejeté pour ces désirs. C'est aussi une expérience forte que j'ai vécue dans la prière. Recevoir l'Amour inconditionnel de Dieu : " Je t'aime tel que tu es, et je t'invite à vivre." (Je reviendrais là dessus plus longuement une autre fois...)

Acceptant mes désirs, leur expression a pu être plus belle, plus vraie. Les hommes que j'avais en face de moi n'étaient plus de simple objets de désir, mais devenaient des partenaires dans une relations. C'est là, à 25 ans, que j'ai découvert l'amour, le vrai. C'est là que, au-delà de mon corps et de mon esprit, je me suis découvert un coeur qui prenait le meilleur des deux pour m'amener encore plus loin.

Je garde un souvenir fort des premiers garçons pour lesquels j'ai ressenti ce sentiment. Ce que je découvrais me faisait vivre dans une vérité plus forte, plus grande. Ce sentiment transcendait le simple désir tout en incarnant en vérité l'image romantique que j'avais de l'amour.

A partir de là, je me suis laissé guider par ce coeur tout nouveau ... Il m'a amené à rencontrer l'homme qui partage mes jours depuis huit ans. Je ne cesse de rendre grâce au Seigneur de ce qu'il m'a donné à vivre, je ne cesse pas de lui rendre grâce aussi pour le chemin que j'ai encore à faire.

mercredi 29 août 2012

 Un nouveau blog ... Pour parler de quoi ? Pour parler de mon chemin de Vie.
 
Parler de mon chemin de Vie, pas seulement de ce que je vis aujourd'hui ni de comment j'y suis arrivé, mais parler et témoigner de la façon dont j'ai vécu certains moments de ma vie et de tout ce qui me rend Vivant aujourd'hui.
 
J'ai déjà évoqué avec des amis autour d'une table ou à l'ombre d'un sentier le cheminement qui est le mien, qui fait qu'aujourd'hui, je vis ma vie d'homme en couple avec un autre homme tout en étant croyant dans l'Eglise Catholique.

Cette situation a longtemps été pour moi complexe et difficile, j'y reviendrais, je pense. Encore aujourd'hui, elle ne coule pas d'elle même. Mais, j'ai compris depuis des années que ma place était là, que c'était là que j'étais vivant.

J'aimerais dans ce blog pouvoir partager plus sur ce que j'ai vécu en tant que homo et croyant, sur ce que je vis aujourd'hui et sur ce que j'en pense, sur comment je réfléchis autour du thème de la/ma sexualité et de l'Eglise.

Récemment des débats sur Internet autour de l'Eglise et la sexualité m'ont amené encore plus de désir pour témoigner de mon parcours et de la façon dont je réfléchis sur ces thèmes.

A tous ceux qui vont me lire je veux dire que cet espace est un espace d'échange et de partage fraternel. J'y dirai ce que je pense, même si, sur certains points, j'en suis encore qu'à un brouillon de pensée. Je vous invite à me répondre et à dialoguer avec moi, sur ce blog ou face à face... Je vais essayer d'éviter le débat stérile et surtout l'invective, j'espère que tous sauront le respecter.

En attendant un vrai premier message de ma part, je vous dis à très bientôt !


P.S. : je ne donne pas mon nom sur ce blog, certains de mes élèves étant très doués sur Internet, merci de respecter cette volonté.